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La lettre n°3 (Aout 2003)

Mine de rien, on se dirige vers quelque chose de très étonnant en 2003. Depuis début mai, nous n’avons pas eu plus de deux ou trois jours de pluie….La canicule prolongée, sur une vendange à prori très hâtive – mais ça on le sait depuis la fleur, en mai- juin- est en train de nous mijoter un millésime qui pourrait bien marquer les annales.

Les vendanges auront lieu très tôt, fin Août sur certains blancs, début Septembre pour les premiers rouges.

Trois semaines plus tôt que les dernières années !

Je n’ai pas souvenance d’un millésime hâtif qui n’ait été au moins très bon, au mieux magnifique.

En tous cas, on est en ce moment sur les bases climatiques de 1989, voire même de 1947 et 1949.

La sagesse traditionnelle des vignerons, acquise au fil d’années de surprises climatologiques, et secrètement mâtinée de superstition, cache mal une jubilation devant le potentiel de ce que la nature nous promet, à ce jour, en 2003.
Que ce soit en Médoc, à Sauternes, ou en Graves, on écourte les vacances, on prépare déjà le matériel, on rameute les équipes de vendangeurs.

Bien sûr, rien n’est joué. En 2002, à cette même date, mi-Août, on n’aurait pas parié un fifrelin sur le millésime, qui pourtant devait bénéficier d’un véritable miracle en Septembre.

Alors le petit monde viticole se montre en apparence prudent, voire même circonspect, dubitatif : après tout, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, pourquoi 2003 ne serait-il pas, à l’opposé de 2002, victime d’une fin de saison épouvantable ? La nouvelle lune a lieu ce mardi 12 Août. Que va-t-elle nous apporter ? Bref on cache un espoir bien réel sous un halo de prudence.

Mais je peux vous dire que, dans mon jardin de Bordeaux-Caudéran, les merles, gourmands et pressés, ont attaqué mes clairettes et mes sauvignons blancs, pleins de sucre, depuis le 15 juillet !

J’ai dû, d’urgence, mettre une à une mes précieuses grappes dans des sachets de protection, et ça, c’est un signe !!!

Hier Paul Pontallier, de Ch. Margaux, avait du mal à me cacher ses espérances, ce matin, à Barsac, Xavier de Pontac, du Ch. Myrat, me faisant goûter un raisin sucré, délicieux, ( sous un soleil éclatant et 36 degrés à l’ombre ), prenait un air inquiet, un peu matois, devant des risques supposés de pourriture grise « s’il se met à pleuvoir trop fort »

Bref, pour rester dans la tonalité générale, je dirai que 2003, si c’est bon, ça sera fameux … !


Jean-Christophe Estève

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