Retour aux archives
La lettre n°82 (Février 2012)
Brrr quel froid ! En quelques jours, changement complet de décor ! Fin janvier il y avait 18 °, des rosiers en fleurs, et début février moins 8°…sous la neige ! Une lumière bleu pâle, glaciale, au reflet blanc sur la pelouse givrée…Nous avons ré-ouvert notre restau du cœur pour oiseaux, sur la terrasse, avec des graines, du pain en miettes, de l’eau renouvelée régulièrement car elle gèle, et nous nous réjouissons des voir les rouge-gorges , mésanges et autres passereaux arriver en escadrille et s’enfuir au plus petit bruit ... sans payer l’addition comme il est normal au restau du coeur!
En parlant d'addition modérée : le Komptoir Caudéran, voici une bonne adresse : ce restaurant confortable, dans une partie de Caudéran où ils ne sont pas légion, sert une cuisine classique avec des cuissons parfaites (ris de veau, brochettes de St Jacques, foie de veau, etc) et pour chaque plat un conseil de vin au verre assorti, avec de plus une carte consacrée aux Bordeaux bons et bon marché..( Le Komptoir-Caudéran, 341 Av . De Lattre de Tassigny)
Déjeuner à Cos d’Estournel, ce dernier vendredi; le château recevait les négociants de place. Au menu : Présentation du millésime 2011, ( je reviendrai en détail prochainement sur la dégustation des Goulée , Pagodes, Cos blanc et Cos d’Estournel) puis déjeuner dans le chai High Tech, un beau repas, ma foi, à forte connotation asiatique… on sait s’adapter à Bordeaux ! .. Arrosé de Cos d’Estournel de plusieurs millésimes anciens, superbes, servis en magnums, remontant à 1985. Et un invité étranger, un Italien superbe, d’ailleurs, un Sassicaia 2008 servi à l’aveugle mais que plusieurs invités ont reconnu. Une courte allocution de Jean Guillaume Prats a mis en valeur le travail fait sur ce millésime pas toujours facile, qui se finit sur une bonne note avec des rendements acceptables de 35 hl/ha, une bonne maturité. La proportion de grand vin sera réduite : 30% pour 70 % de Pagodes. La propriété est consciente des difficultés du marché, devait-il préciser à la fin, et saura en tenir compte. Une annonce de baisse sensible des prix sur les 2011, auront cru entendre les nombreux négociants présents.
Un signe des temps : pratiquement à toutes les tables de 10 personnes, durant ce repas , une bonne moitié des invités pianotait sur l’écran de son téléphone, au mépris de la plus élémentaire correction…Il va falloir, comme au temps de la prohibition aux USA, lors des dîners, exiger que les invités laissent en dépôt, au vestiaire de l’entrée, non pas des revolvers, mais les téléphones portables!
Le château Tertre Daugay, Grand cru classé de St Emilion, anciennement propriété de la famille de Malet Roquefort (La Gaffelière), qui fut racheté par les Domaines Clarence Dillon (Haut Brion, La Mission) en Juin dernier, disparaît. Du moins le nom.
Les nouveaux propriétaires ont en effet décidé de changer le nom de ce cru en « Château Quintus ». Un nom à sonorité latine, très tendance. Les 15 hectares de ce superbe vignoble, situé à la pointe sud de la côte de Saint Emilion, avaient donné par le passé des millésimes de bon niveau, voire superbes, ce que nous avions signalé à souventes reprises dans nos dégustations des GCC. Les derniers millésimes étaient moins convaincants : Tertre Daugay avait d’ailleurs connu des … fortunes diverses au cours du nouveau classement de 2006 (Il avait fait partie des GCC recalés-reclassés).
Le potentiel de ce terroir est superbe, et le savoir faire incontesté des nouveaux propriétaires trouve là de quoi s’exprimer ! Une question va se poser au cours du nouveau classement des GCC St Emilion en 2012 (cf. la lettre de mon Jardin de janvier) : Quintus va-t-il conserver le titre de Grand cru classé dont il jouissait sous le nom de Tertre Daugay ?
Le terroir est, incontestablement, au niveau requis, la gestion parfaite du cru par les responsables de Haut Brion ne laisse pas planer le moindre doute, mais les 10 millésimes de dégustation imposés par le nouveau règlement seront-ils à la hauteur ?
La Revue Dr Vino de décembre 2011, nous donne une information surprenante, rapportée par Vitisphère, le magazine du vin sur le net:
Le 31 octobre, jour d’Halloween, quelques blogueurs, parmi lesquels, Jim Budd, Jacques Berthomeau, Vincent Pousson et Dr Vino ont révélé que Jay Miller, émérite dégustateur de Wine Advocate, revue de l’Américain Bob Parker aurait été payé pour déguster des vins espagnols pour le compte de la revue.
« Comment les propriétés obtiennent-elles la visite des critiques ? La réponse est : elles payent ! »
Je traduis (approximativement) une correspondance adressée à des ‘’Wineries’’ provenant d’une association régionale de Murcia, région viticole du Sud Ouest de l’Espagne, qui a été révélée par le net NDLR).
Sous le titre : « Urgent! participation des propriétés à la visite de Jay Miller », la secrétaire de l’association détaille les frais suivants :
« - 200-300 € pour chaque vin envoyé à la dégustation
- 500 € pour chaque vin sélectionné pour une master class
- 1000 € par propriété pour avoir la visite de Jay Miller»
La somme totale pour l’ensemble des entreprises viticoles était 29 000 euros ($ 40 000)
On en reste coi ! Hé quoi, il y a de quoi !
Faut-il faire rembourser le vin par la « Sécu », malgré le déficit?
Le vin non seulement c’est bon pour la santé, mais c’est (presque) un médicament ! Que nous produisons en France le plus naturellement du monde… (Vitisphère janvier 2012) Le vin Volvoreta produit en 2010 dans la province espagnole de Zamora, contient des niveaux de resvératrol trois fois plus élevés que la moyenne des vins rouges. Ce puissant antioxydant est utilisé dans certains traitements pour combattre le cancer. Ce type de vin pourrait aussi contribuer à la prévention la dégradation musculaire et notamment du muscle cardiaque.
Une analyse faite par l'Université de Barcelone, signale que le vin Volvoreta, avec plus de 15,7 milligrammes de resvératrol par litre, pourrait également prévenir l'apparition des tumeurs chimiquement induites. [Source : www.vinovolvoreta.com et uvayvino.org]
Bref, plus on boit de vin, moins on est malade?
Nun bibedum est : Prince Probus 2002
- Avec le menu « tout truffe » au restaurant la Tupina, à Bordeaux, le 12 Janvier, nous avons associé aux saveurs de la truffe un vin qui nous a comblés, un régal parfait : la cuvée « Prince Probus » du Clos Triguedina 2002. Un Cahors réussi dans une année de grande sècheresse. Quelle belle bouteille ! Une robe encore fraîche, colorée, un nez de fruits confiturés, une pointe de boisé fondu, sous bois, en bouche des tanins fins au grain très doux, beaucoup de classe. Nous l’avions noté en Primeurs 17,50/20, et je maintiens cette note sans hésiter. Il faut oublier la réputation moyenne des 2002 : ce millésime cache aujourd’hui de belles surprises, à Cahors comme à Bordeaux d'ailleurs..
Monbousquet 1998 St Emilion : Un peu décevant ; lourd, tuilé, commence à fatiguer. J’avais noté en dégustation de Primeurs en 1999 : « Une de ces mini-cuvées qui nous chiffonnent un peu la comprenette sensorielle : (…) mûr, très volumineux, généreux, ferme, très boisé, très extrait » Le style des « vins de garage » de l’époque, qui plaisaient beaucoup, en primeurs, aux marchés étrangers. On constate aujourd’hui les limites de l’exercice.On a d'ailleurs renoncé à ces excès à peu près partout.
Je ne résiste pas au plaisir d’une citation ici tout à fait adaptée, de Jean Paul Kauffmann dans son « Voyage à Bordeaux 1989 » (Editeur : Equateurs parallèles, p 82) Il écrivait, avec une belle prémonition : « Le bordeaux ne peut faire bon ménage avec les extrêmes. Une extraction exagérée, des arômes exacerbés, un gras trop onctueux, un degré alcoolique qui brutalise le palais appartiennent peut-être à un modèle du Nouveau Monde, mais certainement pas au bordeaux qui s’est retranché sur l’idée d’équilibre, de limite, de proportion. L’emphase, la prouesse n’appartiennent pas à l’esprit de ce vin »
J'approuve absolument ce point de vue, l'équilibre et la fraîcheur sont les atouts majeurs de notre vignoble bordelais, idéalement situé de façon médiane sur le 45ème parallèle (encore que ces jours-ci nous ayons l'impression de vivre près du cercle polaire!)
Ce soir il y a semble-t-il en préparation en cuisine quelque magret de canard, sans doute accompagné de cèpes en morceaux: je dois donc vous laisser, il est urgent d'aller en cave rechercher si un 2002 ne serait pas disposé à se laisser ouvrir!
Jean-Christophe Estève
